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Plus que de simples voisins, la Turquie et la Russie sont des amis ayant réussi à entretenir de bonnes relations depuis la direction d'Atatürk et l'époque de l'Union soviétique. L'abattage d'un avion russe par la Turquie le 24 Novembre a donc profondément surpris la population des deux pays.

Les analystes ont attribué l'incident à plusieurs facteurs. Était-ce vraiment un impératif ou une erreur?

Les analystes en question ont affirmé que l'incident était en représailles aux attaques de la Russie contre les Turkmènes en Syrie. La Turquie a déjà émis plusieurs avertissements à la Russie concernant les attaques dans les zones habitées par les Turkmènes. Il a été soutenu et déclaré publiquement que certaines des zones bombardées ne nourrissaient pas d'éléments radicaux. L'ambassadeur russe en Turquie, Andrey Karlov, a été convoqué au ministère des Affaires étrangères et il lui a été dit que le bombardement de villages turkmènes pourrait avoir des conséquences graves; la Russie a été invitée à mettre immédiatement fin à l'opération. Le bombardement russe de zones turkmènes avait donc été une question sensible pour la Turquie pendant un certain temps.

Cependant, si l'objectif derrière l'abattage de l'avion russe était vraiment d’émettre un avertissement à la Russie sur cette question, alors la Turquie aurait dû voir qu’elle en tire profit. La Russie aurait réalisé son erreur et se serait retirée des zones turkmènes. Toutefois, immédiatement après la crise, la Russie a poursuivi ses bombardements des zones turkmènes et a même restreint l'espace aérien autour d’eux en se déplaçant avec des systèmes de défense aériens avancés, limitant la capacité de la Turquie à agir dans la région. Cette action de la Russie n’a pas été difficile à prévoir. Il est évident qu’en ce sens, l'abattage d'un avion russe ne va profiter en rien à la Turquie et il est donc irréaliste de considérer cela comme une sorte de réponse aux attaques contre les Turkmènes.

En effet, l'assurance du Président turc Recep Tayyip Erdogan qu'ils n’auraient pas abattu l’avion s’ils savaient qu’il s’agissait d’un avion russe confirme également le fait que ceci ne pouvait être un acte de représailles.

La deuxième allégation de certains analystes commentant l'incident était que la Russie et la Turquie soutenaient différents camps dans la guerre civile syrienne et entreraient - tôt ou tard - en conflit direct. Tout d'abord, si tel était le cas, il serait illogique que les deux parties aient attendu cinq ans. Par ailleurs, une initiative diplomatique visant à une solution en Syrie a été prise. Bien que ces démarches diplomatiques n’ont pas été appliquées à grande échelle, les pourparlers de Vienne étaient peut-être la question qui concernait davantage la Turquie. La question des Turkmènes de Syrie, de la Géorgie et de la Crimée, qui sont également des préoccupations pour la Turquie, avaient déjà été résolues entre les deux pays par la diplomatie et la négociation. Bien qu'il existe certainement des différences d'opinion sur de nombreuses questions entre les deux pays, ces derniers ont réussi à bien s’entendre et il est irréaliste d'attendre que leurs désaccords sur la Syrie se transforment rapidement en une guerre excessive.

En évaluant une fois de plus le sujet à la lumière de tout cela, nous pouvons comprendre que l'action n’était pas contre la Russie mais avait pour but de défendre les frontières nationales. La violation de la frontière comprend un certain nombre de détails:

Suite à l'abattage par le régime syrien d'un jet turc désarmé avec son système d'identification activé le 22 Juin 2012, la Turquie a changé ses règles d'engagement. En conséquence, tout élément militaire approchant la frontière turque à partir du territoire syrien serait considéré comme une menace et traité comme une cible militaire. Cette décision, qui est conforme au droit international, avait été partagée avec tous les pays concernés.

Certains analystes présentent l’Egée, notre frontière avec la Grèce, comme exemple similaire. Les violations de la frontière entre la Grèce et la Turquie se produisent de manière régulière. Les jets s’avertissent régulièrement et se chassent. Cependant, il est inexact de comparer le désaccord dans la mer Egée à l’affaire en question, parce que les règles d'engagement qui ont été modifiées en 2012 se réfèrent uniquement à la frontière syrienne. En effet, un avion de combat syrien, l’Air Force Mig-23 et un hélicoptère MI-17 ont été abattus dans le cadre des nouvelles règles et il a également été répondu à des drones à deux occasions différentes.

Rappelons-nous que la Turquie ne peut pas se permettre de ne pas protéger sa frontière avec la Syrie car la Turquie et l'OTAN ont beaucoup de bases militairement et financièrement importantes dans la région. En outre, beaucoup de nos citoyens dans les villages frontaliers turcs ont perdu la vie en raison des violations de frontière. Il est donc impossible que la Turquie ignore toute violation de sa frontière avec la Syrie. La Russie est le pays ayant le plus réalisé ces violations. La Russie a commencé sa campagne aérienne en Syrie le 30 septembre, et a commis 13 violations en l'espace de sept jours seulement. Les violations ont continué, et le 3-4 ​​octobre, l’Ambassadeur Karlov a été convoqué au ministère des Affaires étrangères et les règles d'engagement lui ont été à nouveau rappelées. Le 16 octobre, un drone russe a été abattu par des jets turcs.

Ces violations ont augmenté quand la Russie a commencé ses attaques contre les zones turkmènes, mais celles-ci n’ont pas été rendues publiques directement. Cependant, elles ont été placées devant les délégations lors de réunions de haut niveau avec des responsables militaires russes. Lorsque le nombre d'infractions a augmenté, la Turquie a demandé l'aide des États-Unis, et des chasseurs F-15 capables de combattre les Su-34 russes ont été envoyés à Incirlik, la base aérienne de la Turquie. Bien que ces violations étaient fréquentes, la Turquie et la Russie, deux bons alliés, ont toujours réussi à résoudre ces problèmes à l'amiable.

Les violations répétées des frontières d'un pays - en dépit de tous les avertissements précédents - met le dirigeant de ce pays dans une situation difficile. Mais faut-il y répondre en abattant l’avion? Bien sûr que non.

Bien que le passage des règles d'engagement à des conditions de guerre soit autorisé par le droit international, l’abattage d’un avion met en danger la vie des pilotes et des gens sur le terrain. Nous ne pouvons donc éventuellement pas approuver une telle voie. Il est important ici de souligner qu’il n’y a aucune erreur au regard du droit international et que nous n’avons aucune hostilité envers la Russie. En effet, l'OTAN et des pays comme les Etats-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne, l'Espagne et la Hollande ont déclaré qu'il n'y avait pas de violation de la loi dans l'application des règles d'engagement.

Nous sommes dans une période très sensible. Il est essentiel que les dirigeants évitent les mots durs et un ton colérique qu’ils regretteront plus tard. On sait depuis longtemps que je m’oppose courageusement à la politique d'isolement de la Russie dans mes écrits et autres déclarations. Les mots durs peuvent intensifier l'isolement dans le monde entier et ce n’est pas ce que nous désirons. Les commentateurs des deux côtés doivent agir avec raison, utiliser un langage de paix et d'amour et éviter un langage colérique et haineux. Les paroles colériques peuvent être facilement prononcées en un instant mais il est ensuite extrêmement difficile d’y remédier. Il ne faut pas oublier que ces excès de langage peuvent mettre certaines personnes ignorantes, sans amour et vengeurs totalement hors de contrôle et que cela pourrait gravement porter atteinte aux deux communautés. Ceux qui s’efforcent pour la paix doivent maintenant s’unir.

Les peuples turcs et russes ne désirent aucune mésentente. Voilà l'une des principales raisons pour laquelle nos messages de paix publiés dans les journaux russes ont reçu l’approbation. La Turquie est une porte importante à travers laquelle la Russie et le monde islamique peuvent se réunir et interagir davantage. Les politiques rationnelles du président russe Vladimir Poutine ont renforcé cette solidarité. Cette précieuse amitié que nous entretenons avec la Russie ne doit pas être brisée par la rhétorique dure qui ne peut être remédiée.

1. http://www.reuters.com/article/2015/11/20/us-mideast-crisis-syria-turkey-russia-idUSKCN0T91MO20151120#BD3b3xCOL0ybS2i4.97
2. https://en.wikipedia.org/wiki/Syrian%E2%80%93Turkish_border_clashes_
3. https://en.wikipedia.org/wiki/Aegean_dispute
4. http://kokpit.aero/su24-krizi-sorular-cevaplar-analiz
5. http://www.yenicaggazetesi.com.tr/rus-ucaklarinin-ihlal-ler-inden-sonra-36391yy.htm
6. http://www.aa.com.tr/tr/dunya/uluslararasi-toplumdan-turkiyeye-destek/481809
7. http://www.pravdareport.com/opinion/columnists/26-11-2015/132707-turkey_russia-0/

Article d’Adnan Oktar publié dans The Jerusalem Post:

http://live.jpost.com/Opinion/The-friendship-between-Russia-and-Turkey-must-not-be-frittered-away-436041

Tag(s) : #turquie, #russie

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