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Dans son numéro du 11 mars 2002, Time magazine publiait un article intitulé "Le corps électrique" révélant ainsi une importante avancée scientifique. Cet article nous apprenait que des scientifiques avaient combiné des microprocesseurs aux systèmes nerveux de malades afin de traiter des lésions permanentes affectant leurs perceptions sensorielles.
 
A l'aide de ces nouveaux systèmes élaborés à cet effet, les chercheurs aux Etats-Unis, en Europe et au Japon, voulaient permettre aux personnes aveugles de recouvrer la vue et aider les patients paralysés à guérir. Avec ce nouveau procédé, ils avaient déjà obtenu un premier succès relatif en implantant des électrodes dans les zones malades du corps, et des microprocesseurs ont été utilisés pour relier les membres artificiels aux tissus vivants.
 
Suite à un accident, un patient danois, Brian Holgersen, fut victime d'une paralysie totale à partir du cou, à l'exception de quelques mouvements limités des épaules, du bras et de la main droite. Comme on le sait, une telle paralysie est provoquée par des lésions de la moelle épinière dans le cou et le dos. Les nerfs sont alors endommagés ou bloqués, ce qui a pour effet de juguler la circulation neuronale entre le cerveau et les muscles, et de bloquer toutes communications des nerfs qui transmettent les signaux du corps au cerveau et inversement. Pour ce patient, le but était de relier la zone endommagée de sa moelle épinière à un implant, ce qui permettrait aux signaux transmis par le cerveau de restituer très faiblement le mouvement des bras et des jambes.
 
Ils utilisèrent un système conçu pour rétablir les fonctions vitales de la main gauche telles que l'action de saisir, de tenir ou de lâcher un objet. Lors d'une opération, huit petites électrodes souples de la taille d'une pièce de monnaie ont été implantées dans les muscles responsables de ces mouvements situés dans le haut du bras gauche, de l'avant-bras et de l'épaule du patient. Plus tard, des fils ultrafins ont relié ces électrodes à un stimulateur - sorte de pacemaker pour le système nerveux - implanté dans sa poitrine. Le stimulateur était à son tour connecté à un dispositif sensible au positionnement, lui-même relié à l'épaule droite de Brian Holgersen, épaule dont la motricité était réduite.
 
Désormais, lorsque le patient voulait se saisir d'un verre, il bougeait son épaule droite vers le haut. Ce mouvement envoyait un signal électrique, depuis le détecteur de position dissimulé sous ses vêtements vers le stimulateur dans sa poitrine, qui l'amplifiait et le faisait passer le long des muscles appropriés dans son bras et sa main. En réponse, ceux-ci se contractaient et sa main gauche se fermait.
Lorsqu'il voulait reposer le verre, il n'avait plus qu'à bouger son épaule droite vers le bas et sa main gauche s'ouvrait.
 
A Bruxelles, l'université de Louvain a utilisé la même technologie dans le domaine ophtalmologique. Les cellules des bâtonnets et des cônes d'un malade s'étaient détériorées, provoquant l'insensibilité progressive de la rétine à la lumière, ce qui a eu comme conséquence pour la patiente une perte de la vision. Une électrode implantée autour de son nerf optique droit lui a permis de recouvrer partiellement la vue.
 
Dans ce cas précis, l'électrode était reliée à un stimulateur placé à l'intérieur d'une cavité dans le crâne du patient. Une caméra vidéo positionnée sur une calotte, transmettait les images au stimulateur sous forme de signaux radio, évitant ainsi les cellules endommagées des bâtonnets et des cônes, et elle envoyait directement les signaux électriques au nerf optique. Le cortex visuel du cerveau regroupait ces signaux pour en faire une image. L'expérience de la patiente est semblable à celle d'une personne qui regarde un panneau d'affichage miniature dans un stade, mais la qualité est quand même suffisante pour prouver que ce système est viable.
 
Ce procédé est appelé système de "prothèse visuelle basée sur un microsystème" (Microsystem-based Visual Prothesis), appareil implanté en permanence dans la tête du patient. Mais pour faire fonctionner tout cela, le patient doit se rendre à l'université de Louvain dans une pièce spécialement aménagée à cet effet, il doit ensuite porter ce qui pourrait ressembler à un bonnet de bain vétuste. Ce bonnet de bain en plastique ordinaire, est équipé d'une caméra standard disposée sur le front. Plus il y a de pixels pour former une image sur l'écran, plus grande sera le nombre de stimulations électriques ; plus importante sera alors la qualité de l'image en termes de pixels.
 
Le même article relatait également le témoignage intéressant d'un artiste interprète qui s'est servi de la même technologie :
Pendant une représentation en 1998, Stelarc s'est raccordé directement à Internet. Son corps était parsemé d'électrodes - sur ses deltoïdes, ses biceps, ses fléchisseurs, ses jarrets, ses mollets - lesquelles envoyaient de légères impulsions électriques, juste assez pour provoquer une légère contraction musculaire involontaire. Les électrodes étaient connectées à un ordinateur qui était à son tour relié à des ordinateurs via Internet à Paris, Helsinki et Amsterdam. En pressant sur les différentes parties du corps humain qui apparaissait sur l'écran, les participants dans les trois capitales pouvaient alors faire faire à Stelarc ce qu'ils désiraient.
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La couverture du magazine New Scientist du 27 avril 2002 titrait "Un univers holographique" et "Pourquoi vivons-nous tous dans un hologramme"
Ces technologies, sous réserve qu'elles puissent être suffisamment miniaturisées et placées à l'intérieur du corps humain, ouvriront radicalement la voie à de nouvelles perspectives dans le domaine médical. Ces progrès démontrent également un autre fait majeur : le monde extérieur est une image dupliquée que nous regardons dans nos esprits…
 
L'article du Time nous a démontré par des exemples concrets, de quelle manière nous pouvions simuler des perceptions telles que la vision ou le toucher créés artificiellement par des impulsions électriques. La preuve la plus irréfutable était qu'une personne aveugle pouvait recouvrer la vue. Malgré le fait que l'œil du patient n'était pas en état de fonctionner, elle pouvait voir grâce à des signaux créés artificiellement.
Tag(s) : #le secret de la matiere

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